Histoire

Histoire

Du fond des temps surgissent dolmens et menhirs. Aussi loin que remonte la mémoire, le pays Baugeois porte la trace des hommes.

Bien plus tard, Charlemagne et le Grand Comte d’Anjou Foulques Nerra
– le premier fera de Baugé une viguerie : un territoire où un magistrat (le viguier) rendra la justice au nom de l’empereur;
– le second va donner son essor à la ville en y édifiant une imposante forteresse.

En 1421, Baugé marque un tournant de la Guerre de Cent Ans.
Ici, la Chevalerie Écossaise alliée aux troupes du Dauphin Charles inflige une sévère défaite à l’armée anglaise conduite par le frère du Roi d’Angleterre, Thomas de Lancastre.
Et Baugé devient une des résidences préférées du Roi René.
Duc d’Anjou et Comte de Provence, celui qui fut aussi Roi de Sicile et de Jérusalem, protecteur des arts, fait renaître la Ville et son Château, reconstruit  » à l’italienne  » au tout début de ce qui allait être la Renaissance.

Cette croix que l’on appelle Croix de Lorraine
C’est en réalité la Croix d’Anjou taillée dans le bois de la Croix du Christ, rapportée d’Orient par un croisé. Rehaussée de pierres précieuses, cette croix entre dans le blason du Roi René. Son mariage avec Isabelle de Lorraine lèguera l’emblème à cette province avant de devenir le symbole de la résistance. Cet objet d’art est conservé à Baugé dans la Chapelle de la Girouardière.

Cette servante qui était une princesse
Sœur de la Haie créa l’Apothicairerie de l’Hôpital de Baugé en 1650. Cette merveille d’ébénisterie et de boiseries précieuses renferme encore des médications d’époque dans leur boîte de châtaignier, leur bouteille en verre soufflé à la bouche ou leur chevrette (pot en faïence) et constitue une des plus belles pharmacies historiques d’Europe. Sœur de la Haie était en réalité Anne de Melun, Princesse d’Epinay.

Ces clochers en forme de vrille
Au Vieil-Baugé et alentour, vous rencontrerez des clochers vrillés. Témoins d’un art et d’une maîtrise où le charpentier le dispute au couvreur, ces silhouettes surprenantes ont suscité bien des légendes. Peut-être vous les dira-t-on, au calme et presque en cachette, lorsque vous gravirez les marches de l’escalier à vis du Château de Baugé…

La Vraie Croix

Au cœur de Baugé est établie la Communauté des Filles du Cœur de Marie. Cette communauté a reçu, il y a deux siècles, une mission : prier et servir. Elles accueillent aujourd’hui, dans trois foyers, plus de cent femmes handicapées mentales et soixante personnes âgées en maison de retraite. L’ensemble, appelé La Girouardière, était autrefois l’Hospice des Incurables. Les  » incurables  » ce sont les pauvres, les souffrants : Une évidente liaison avec la croix du Christ.

 

La Communauté détient le privilège de posséder, depuis deux cents ans, une insigne relique de la Vraie Croix. Selon la tradition, cette relique est un fragment de la Croix du Sauveur.

Les fouilles ordonnées par l’impératrice Hélène sur le Golgotha à Jérusalem, en 327-328, mirent à jour trois croix. Celle dont l’attouchement permit la guérison miraculeuse d’une malade fut reconnue comme l’instrument de la mort du Sauveur. Alors, l’impératrice partagea la relique en deux parties. elle en confia une au patriarche de Jérusalem, l’autre à l’empereur Constantin, son fils.

Au fil des âges, de nombreux morceaux en furent détachés.

Le fragment vénéré à Baugé est, par son volume, le deuxième de France après celui de la Sainte Chapelle, et le onzième de toute la Chrétienté.

1241 , un seigneur angevin, Jean d’Alluye, contribue à la défense de la Crète. En récompense, il reçoit de l’évèque Thomas de Crète, des parcelles du bois de la Rédemption assemblés en forme de croix à double traverses. Rentré en France, Jean d’Alluye offre la précieuse relique à l’abbaye cistercienne de la Boissière, à Denezé sous le Lude. Dans une chapelle votive, édifiée pour lui servir de reliquaire, les fidèles la vénèrent.

Pendant la guerre de Cent ans, les Anglais et les routiers pillent les campagnes angevines. Pour soustraire la relique à leurs convoitises les religieux la confient à la protection du duc d’Anjou.

Le 12 juillet 1359, le duc Louis Ier, second fils du roi Jean Il le Bon, l’expose dans la chapelle du château d’Angers.

Quelques années passent. Le duc décide de décorer la Croix d’une parure de joyaux. Les orfèvres du roi Charles V placent sur chaque face de la Croix un Christ en or massif, surmonté d’un médaillon frappé d’un agneau sur une face, d’une colombe sur l’autre. Le sommet du montant et les extrémités des traverses sont gainées d’or pur, la base sertie dans un socle de vermeil. Dix-sept rubis et dix-neuf saphirs en cabochon ornent les branches, la croisée supérieure et le socle.

Le duc Louis Ier érigea en son honneur une confrérie et un ordre, l’Ordre de la Croix.

L’image de la précieuse relique figure sur la tapisserie de l’Apocalypse conservée au château d’Angers.
René, duc d’Anjou et de Lorraine, roi de Sicile, adopta la croix à double traverse sur ses armes et ses monnaies. Son petit-fils, René II, la plaça sur sa bannière. Vainqueur de Charles Le Téméraire, il la donna pour emblème à son duché de Lorraine et à sa capitale Nancy. La Croix d’Anjou, devenue Croix de Lorraine, deviendra en 1940 l’emblème de la Résistance, sur la proposition d’un lorrain, l’amiral Muselier.

La Croix d’Anjou reviendra à l’abbaye de la Boissière au milieu du XVème siècle. Elle y restera jusqu’à la Révolution.

En 1790, déclarée bien national, la relique doit être vendue aux enchères à Baugé. La fondatrice des Incurables de Baugé, Anne de la Girouardière, l’acquiert pour 400 livres. La translation de la Vraie Croix dans la chapelle des Incurables eut lieu le 17 octobre 1790. Une cérémonie solennelle rassembla les autorités religieuses et civiles de la ville et de toute la contrée. Le curé René Bérault porta la relique entre deux haies de gardes nationaux qui présentaient les armes sur son passage.

La chapelle de la jeune communauté eut la joie d’ accueillir une si belle représentation de Jésus-Christ en croix : le Christ de la foi.

Crucifié, ressuscité ! La Communauté que Mademoiselle de la Girouardière venait de fonder était vouée à l’adoration du Sauveur en son Eucharistie et à l’accueil des membres souffrants de Jésus Christ : cet esprit anime toujours la Communauté du Cœur de Marie, compatissante au pied de la Croix.

Échappée aux fureurs iconoclastes de la Terreur, la Vraie Croix est désormais présentée à de nombreux visiteurs dans la chapelle des Filles du Cœur de Marie. Les Chrétiens vénèrent ce témoignage ou ce signe tangible de la Passion du Christ et de leur rédemption. A tous, cette relique propose une réflexion sur les origines et les permanences de notre histoire et de notre civilisation.